Éloge de l'ordinaire

Éditorial par Vincent Christeler, pasteur

Voilà c’est fait : après le dimanche de la Pentecôte, le temps de Pâques se termine, et nous revenons au temps de l’Église… ce qui dans le jargon ecclésial signifie le temps ordinaire. On aimerait que le retour à l’ordinaire, à la normalité soit plus complet et ne concerne pas que la liturgie ! On a eu un « président normal », les avis sur la question sont pour le moins divers et mitigés. On aimerait un été « normal » ! une année normale…

Même avant la crise sanitaire, j’ai toujours eu une sympathie pour les temps ordinaires… Ce ne sont pas les temps les plus mémorables, mais néanmoins les temps les plus importants de nos vies. Faisons une comparaison : quand on me demande quel est mon plat préféré, je me sens obligé de faire préciser le véritable sens de la question. Est-ce le plat que j’aimerais manger lors de mon anniversaire ou à mon dernier repas… ou, au contraire, est-ce le plat que je serai prêt à manger tous les jours ? Ce n’est pas pareil, le plat exceptionnel est raffiné, riche en goût, sublime par ses équilibres ; le plat pour tous les jours doit certes être gouteux mais plutôt des saveurs simples dont on ne se lasse pas… En bref, l’exceptionnel doit rester exceptionnel ! Manger du caviar à tous les repas est une pratique de parvenus mal dégrossis.

L’essentiel de nos vies se passent, par définition, dans les temps ordinaires. Ils marquent moins nos mémoires, mais ils forment davantage notre histoire et notre personnalité. Bien sûr, Dieu est présent dans les moments exceptionnels de notre vie, mais il l’est aussi dans notre quotidien le plus banal. Trop souvent nous reléguons Dieu à des moments clés, bien délimités de nos vies, or il est présent lors de nos actes les plus ordinaires. Pas seulement à Noël ou à Pâques, pas seulement le dimanche matin, pas seulement à notre baptême, notre mariage ou à notre enterrement, mais aussi dans nos matins difficiles, dans nos journées vides ou au contraire surchargées, dans notre sommeil ou nos insomnies.

Les protestants ont l’habitude de répéter que chaque jour est à la fois Noël, vendredi saint, Pâques et Pentecôte ; mais nous ne pourrions célébrer les grands rites chrétiens chaque semaine, au risque d’en perdre le sens. Nous pouvons préférer leurs fastes, leur côté solennel ou les exceptions liturgiques dont ils sont l’occasion, mais ce qui nous nourrit jour après jour sans nous lasser ce sont les petits moments ordinaires que nous passons, seuls ou en communautés, avec Dieu.

Dire de quelque-chose ou de quelqu’un qu’il est ordinaire, c’est rarement un compliment : cela le définit comme laid ou vulgaire. Dire de quelque-chose qu’il constitue son ordinaire, c’est confesser que c’est cette chose-là qui nous permet de vivre. Ainsi en est-il des temps et dimanches ordinaires : ils peuvent sans nous écœurer nous nourrir jour après jours.

Bienvenue donc à ce temps ordinaire, qui n’a finalement d’ordinaire que le nom. D’un autre côté, je vous souhaite un été et des vacances extraordinaires.

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