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Texte du 1er décembre 2021

Mode d'emploi du calendrier de l'avent.

Ça y est, le temps de l'avent démarre (enfin). Plus que 24 jours et ce sera Noël...

Cette année ce sont des histoires ou des paroles de chants qui nous accompagnerons chaque jour. Une petite, une grande, il suffira de les lire en famille. Et puis pourquoi pas... les garder dans un classeur ? Choisir un mot (ou plusieurs si vraiment il n'est pas possible de se mettre d’accord !) qui pour nous résume l'histoire du jour et l'accrocher sur le fil avec la pince à linge. Et ce sera comme un chemin de mots pour nous conduire vers le Christ, Parole faite chair...

Et pour commencer, une toute petite...:

 

On demanda un jour à un maître qui savait méditer, comment il faisait pour être si recueilli, en dépit de toutes ses occupations.

 

Il répondit :

Quand je me lève, je me lève.

Quand je marche, je marche.

Quand je suis assis, Je suis assis.

Quand je mange, je mange.

Quand je parle, je parle.

 

Les gens l'interrompirent en lui disant:

« Nous faisons de même, mais que fais-tu de plus ? »

 

Quand je me lève, je me lève.

Quand je marche, je marche.

Quand je suis assis, je suis assis.

Quand je mange, je mange.

Quand je parle, je parle.

 

Les gens lui dirent encore une fois:

« C'est ce que nous faisons aussi »

 

Non, leur répondit-il.

Quand vous êtes assis, vous vous levez déjà.

Quand vous vous levez, vous courez déjà.

Quand vous courez, vous êtes déjà au but...

Et quand vous dites que vous écoutez vous avez déjà fabriqué dans votre tête la réponse.

 

Bonne attente !

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Texte du 2 décembre 2021

Conte indien

 

Un porteur d’eau avait deux grandes jarres suspendues aux extrémités d’une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules. L’une des jarres avait une fêlure et perdait presque la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route, alors que l’autre jarre conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’à la maison du maître.

 

Cela dura deux ans pendant lesquels, chaque jour, le porteur d’eau ne livrait qu’une jarre et demie à chacun de ses voyages. Bien sûr la jarre parfaite était fière d’elle, puisqu’elle parvenait à remplir sa fonction du début à la fin « sans faille ». Mais, la jarre abîmée avait honte de son imperfection et se sentait déprimée parce qu’elle ne parvenait à accomplir que la moitié de ce dont elle était censée être capable.

 

Au bout de deux ans de ce qu’elle considérait comme un échec permanent, la jarre endommagée s’adressa au porteur d’eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source. « Je me sens coupable, et je te prie de m’excuser ». « Pourquoi ? » demanda le porteur d’eau. « De quoi as-tu honte ? » « Je n’ai réussi qu’à porter la moitié de ma cargaison d’eau à notre maître pendant ces deux ans, à cause de cette faille. Par ma faute, tu n’obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts » lui dit la jarre abîmée. Le porteur d’eau, touché par cette confession, et plein de compassion répondit : « Pendant que nous retournons à la maison du maître, je veux que tu regardes les fleurs magnifiques qu’il y a au bord du chemin ».

 

Au fur et à mesure de leur montée sur le chemin, le long de la colline, la vieille jarre vit de magnifiques fleurs baignées de soleil au bord du chemin et cela lui mit du baume au cœur. Mais à la fin du parcours, elle se sentait toujours aussi mal parce qu’elle avait encore perdu la moitié de son eau. Le porteur d’eau dit à la jarre : « T’es-tu rendu compte qu’il n’y avait de belles fleurs que de ton côté, et presque aucune du côté de la jarre parfaite ? C’est parce que j’ai toujours su que tu perdais de l’eau que j’en ai tiré parti. J’ai planté des semences de fleurs de ton côté du chemin et chaque jour, tu les as arrosées tout au long du chemin. Pendant deux ans j’ai pu, grâce à toi, cueillir de magnifiques fleurs qui ont décoré la table du maître. Sans toi, jamais je n’aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et gracieuses. »

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Texte du 3 décembre 2021

Une vieille dame s'arrête un soir sur un restaurant d'autoroute. Elle va au self et prend une soupe chaude, puis va s'asseoir toute seule à une table. Elle se rend compte qu'elle a oublié de prendre du sel. Elle se lève, erre un peu dans le restaurant avant d'en trouver, et retourne à sa table.

 

Mais en revenant, elle y trouve assis un homme, un noir, qui plonge sa cuillère dans le bol de soupe et la mange lentement. « Oh ! Il y en a qui ne manque pas de culot !, pense la brave dame, je vais lui apprendre les bonnes manières ». Elle s'assied sur le côté de la table, et charitablement le laisse manger un peu de sa soupe. Tirant un peu le bol à elle, elle plonge sa cuillère elle aussi, cherchant à partager au moins cette soupe avec lui. L’homme retire doucement le bol vers lui, et continue de manger. La dame se remet à le tirer légèrement vers elle, pour pouvoir y avoir accès. Et ils finissent la soupe ainsi.

 

Alors le noir se lève, lui fait signe de patienter, et revient avec une portion de frites énorme, qu'il partage avec elle, comme la soupe.

 

Enfin ils se saluent, et la dame part aux toilettes. Mais quand elle revient, elle veut prendre son sac pour partir, et découvre qu'il n'est plus au pied de la chaise. « Ah ! J'aurais dû me méfier ! ». Elle hurle dans tout le restaurant, criant au voleur, jusqu'à ce que finalement on retrouve son sac, posé au pied d'une table où repose un bol de soupe refroidie... Son bol, auquel personne n'a touché.

 

Elle s'était trompée de table.

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Texte du 4 décembre 2021

Conte zen

 

Près de Tokyo vivait un grand samouraï, déjà âgé, qui se consacrait désormais à enseigner le bouddhisme Zen aux jeunes. Malgré son âge, on murmurait qu’il était encore capable d’affronter n’importe quel adversaire.

 

Un jour arriva un guerrier réputé pour son manque total de scrupules. Il était célèbre pour sa technique de provocation : il attendait que son adversaire fasse le premier mouvement et, doué d’une intelligence rare pour profiter des erreurs commises, il contre-attaquait avec la rapidité de l’éclair. Ce jeune et impatient guerrier n’avait jamais perdu un combat. Comme il connaissait la réputation du samouraï, il était venu pour le vaincre et accroître sa gloire.

 

Tous les étudiants étaient opposés à cette idée, mais le vieux Maître accepta le défi. Il se réunirent tous sur une place de la ville et le jeune guerrier commença à insulter le vieux Maître. Il lui lança des pierres, lui cracha au visage, cria toutes les offenses connues – y compris sur ses ancêtres. Pendant des heures, il fit tout pour le provoquer, mais le vieux resta impassible. A la tombée de la nuit, se sentant épuisé et humilié, l’impétueux guerrier se retira. Dépités d’avoir vu le Maître accepter autant d’insultes et de provocations, les élèves le questionnèrent :

 

- Comment avez-vous pu supporter une telle indignité ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée, même sachant que vous alliez perdre le combat, au lieu d’exhiber votre lâcheté devant nous tous ?

- Si quelqu’un vous tend un cadeau et que vous ne l’acceptez pas, à qui appartient lecadeau ? demanda le samouraï.

- A celui qui a essayé de le donner, répondit un des disciples.

- Cela vaut aussi pour l’envie, la rage et les insultes, dit le Maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur.

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Texte du 5 décembre 2021

Un beau diamant, qui avait autrefois brillé au doigt d'une princesse, gisait dans un pré, à côté de pissenlits et de pâquerettes. Juste au-dessus de lui, brillait une goutte de rosée qui s'accrochait timidement à un brin d'herbe. Tout en haut, le brillant soleil du matin dardait ses rayons sur tous les deux, et les faisait étinceler. La modeste goutte de rosée regardait le diamant, mais sans oser s'adresser à une personne d'aussi noble origine.

Un gros scarabée, en promenade à travers les champs aperçut le diamant et reconnut en lui quelque haut personnage.

- Seigneur, dit-il en faisant une grande révérence, permettez à votre humble serviteur de vous offrir ses hommages.

- Merci, répondit le diamant avec hauteur.

En relevant la tête, le scarabée aperçut la goutte de rosée.

–Une de vos parentes, je présume, monseigneur ? demanda-t-il avec affabilité en dirigeant une de ses antennes vers la goutte de rosée.

Le diamant partit d'un éclat de rire méprisant.

–Quelle absurdité ! déclara-t-il. Mais qu'attendre d'un grossier scarabée ? Passez votre chemin, monsieur. Me mettre, moi, sur le même rang, dans la même famille qu'un être vulgaire, sans valeur

–Mais, monseigneur, il me semblait. Sa beauté n'est-elle pas égale à la vôtre ? balbutia timidement le scarabée déconfit.

–Beauté, vraiment ? Imitation, vous voulez dire. En vérité, l'imitation est la plus sincère des flatteries, il y a quelque satisfaction à se le rappeler. Mais cette beauté factice même est ridicule si elle n'est pas accompagnée de la durée. Bateau sans rames, voiture sans chevaux, puits sans eau, voilà ce que c'est que la beauté sans la fortune. Aucune valeur réelle là où il n'y a ni rang ni richesse. Combinez beauté, rang et richesse, et le monde sera à vos pieds. A présent, vous savez pourquoi on m'adore.

Et le diamant lança de tels feux que le scarabée dut en détourner les yeux, pendant que la pauvre goutte de rosée se sentait à peine la force de vivre, tant elle était humiliée. Juste alors une alouette descendit comme une flèche, et vint donner du bec contre le diamant.

–Ah ! fit-elle désappointée, ce que je prenais pour une goutte d'eau n'est qu'un misérable diamant. Mon gosier est desséché, je vais mourir de soif.

–En vérité ! Le monde ne s'en consolera jamais, ricana le diamant.

Mais la goutte de rosée venait de prendre une soudaine et noble résolution.

–Puis-je vous être utile, moi ? demanda-t-elle.

L'alouette releva la tête.

–Oh ! ma précieuse amie, vous me sauverez la vie.

–Venez, alors.

Et la goutte de rosée glissa du brin d'herbe dans le gosier altéré de l'alouette.

–Oh ! oh ! murmura le scarabée en reprenant sa promenade. Voilà une leçon que je n'oublierai pas. Le simple mérite vaut plus que le rang et la richesse sans modestie et sans dévouement ; il ne peut y avoir aucune réelle beauté sans cela.

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Texte du 6 décembre 2021

Il était une fois un vieil homme, assis à la porte d'une ville. Un jeune homme s'approche de lui :

-Je ne suis pas d'ici, je viens de loin ; dis-moi, vieil homme, comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?

Au lieu de lui répondre, le vieillard lui renvoie la question :

-Et dans la ville d'où tu viens, comment les gens étaient-ils donc ? Le jeune homme aussitôt, plein de hargne :

-Egoïstes et méchants, au point qu'il m'était impossible de les supporter plus longtemps ! C'est pourquoi j'ai préféré partir !

Et le vieillard de répondre :

-Mon pauvre ami, je te conseille de passer ton chemin : les gens d'ici sont tout aussi méchants et tout aussi égoïstes !

 

Un peu plus tard, un autre jeune homme s'approche du même vieillard :

-Salut, ô toi qui es couronné d'ans ! Je débarque en ces lieux ; dis-moi, comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?

Et le vieil homme de le questionner à son tour :

-Dis-moi d'abord, là d'où tu viens, comment les gens étaient-ils ?

Le jeune homme répondit dans un grand élan 

-Honnêtes, bons et accueillants ! Je n'avais que des amis; oh que j'ai eu de peine à les quitter !

-Eh bien, ici également, tu ne trouveras que des gens honnêtes, accueillants et pleins de bonté.

 

Un marchand qui faisait boire ses chameaux non loin de là avait tout entendu :

-Comment est-il possible, ô vieil homme que je prenais pour un sage, de donner, à la même question, deux réponses aussi diamétralement opposées ? Serait-ce quelque moquerie ?

-Mon fils, déclara le vieil homme, chacun porte en son cœur son propre univers et le retrouvera en tous lieux. Ouvre ton cœur, et ton regard sur les autres et le monde sera changé.

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Texte du 7 décembre 2021

Conte amérindien

 

Un homme âgé dit à son petit-fils, venu le voir très en colère contre un ami qui s'était montré injuste envers lui :

« Laisse-moi te raconter une histoire... Il m'arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n'en éprouvent aucun regret. Mais la haine t'épuise, et ne blesse pas ton ennemi. C'est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J'ai souvent combattu ces sentiments. »

Il continua :

« C'est comme si j'avais deux loups à l'intérieur de moi; le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l'entoure et ne s'offense pas lorsqu'il n'y a pas lieu de s'offenser. Il combat uniquement lorsque c'est juste de le faire, et il le fait de manière juste. Mais l'autre loup, ahhhh...! Il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n'importe qui, tout le temps, sans raison. Il n'est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère, et pourtant sa colère ne change rien. Il est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l'intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit. »

Le garçon regarda attentivement son grand-père dans les yeux et demanda :

-Lequel des deux loups l'emporte, grand-père ?

Le grand-père sourit et répondit doucement :

-Celui que je nourris.

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Texte du 8 décembre 2021

Ingres, c'est un des grands noms de la peinture. De l'avis unanime, ce peintre s'est distingué par la qualité inégalable de son dessin.

Or, à 85 ans, cet homme que personne ne pouvait égaler, savez-vous ce qu'il faisait ? Eh bien, il s'appliquait à copier les dessins d'autres maîtres.

Stupéfaits, ses amis lui demandaient pourquoi il faisait cela. Alors il répondait : « Pour apprendre »

Oh ! humilité de celui qui, ayant fait de grandes choses, n'a pourtant ni tout vu, ni tout compris, ni tout appris.

Humilité ! Haute route des vrais grands. S'élever jusqu'à ce point où l'on se sent petit. « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » dit le Magnificat.

Et les humbles, de plus, possèdent le monde, car où l'orgueil, depuis longtemps, est aveugle, les humbles voient.

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Texte du 9 décembre 2021

Il était une fois une petite fille qui vivait dans un beau pays entouré de montagnes. Une surtout était impressionnante : si grande qu'on aurait dit qu'elle touchait le ciel. Si haute que la neige qui recouvrait son sommet ne disparaissait jamais. Si énorme qu'elle semblait dire que rien ni personne ne pourrait jamais passer de l'autre côté.

Un jour, pourtant, la petite fille demande à sa maman : qu'y a -t-il derrière la montagne ? La maman semble effrayée, en tout cas embarrassée. Elle n'a pas envie de répondre et dit simplement : « nous en reparlerons quand tu seras plus grande ». La petite fille demande alors à sa grand-mère qui lui dit : « la curiosité est un vilain défaut ! ». Elle demande alors au facteur (qui voyage beaucoup), et celui-ci lui dit qu'il ne sait pas. La nuit, la petite fille ne peut plus dormir tellement elle se demande ce qu'il y a derrière la montagne.

Elle se tourne et se retourne et imagine qu'il doit y avoir un monstre terrifiant, ou au contraire un château magnifique. Plus les jours passent, et plus le beau pays entouré de montagnes dans lequel elle habite lui déplaît. Si on ne peut pas voir ce qu'il y a de l'autre côté.

Une nuit, elle n'en peut plus de se poser des questions, et elle se met en route. Au matin, elle est au pied de la montagne. A midi, elle a parcouru la moitié du chemin, et le soir elle atteint le sommet. Il fait très froid, et ce qu'elle aperçoit de l'autre côté de la montagne est effectivement horrible : c'est un immense et terrible dragon qui la regarde en soufflant bruyamment. Aussitôt, son sang se glace et devient comme la neige qui recouvre le sommet de la montagne : elle se dit que plus jamais il ne fondra. Elle voudrait s'en aller mais elle n'y arrive pas.

La petite fille voit alors, à mi-chemin entre le dragon et elle un berger en train de garder ses moutons. Cela la rassure un peu et elle décide de s'approcher encore pour en savoir un peu plus sur ce dragon. Quand même, elle n'a pas fait tout ce chemin pour rien et elle a envie de pouvoir répondre à ses propres enfants quand ils lui demanderont ce qu'il y a derrière la montagne.

En la voyant s'approcher, le berger lui fait signe et vient à sa rencontre. Quand il lui tend la main, elle sent que celle-ci est toute chaude et douce. Il a l'air si gentil qu'elle lui raconte toute son histoire.

Le berger la prend alors par la main et la rassure : « vas-y » lui dit-il, « vas-y ! Je viens avec toi. » Et voilà alors qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire : plus elle s'approche et plus le dragon rapetisse. A la fin il est si petit qu'elle peut le prendre dans sa main et lui demander tout simplement son nom. Et le dragon lui répond : « la peur ».

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Texte du 10 décembre 2021

Il était une fois une petite fille qui vivait dans un beau pays entouré de montagnes. Une surtout était impressionnante : si grande qu'on aurait dit qu'elle touchait le ciel. Si haute que la neige qui recouvrait son sommet ne disparaissait jamais. Si énorme qu'elle semblait dire que rien ni personne ne pourrait jamais passer de l'autre côté.

Un jour, pourtant, la petite fille demande à sa maman : qu'y a -t-il derrière la montagne ? La maman semble effrayée, en tout cas embarrassée. Elle n'a pas envie de répondre et dit simplement : « nous en reparlerons quand tu seras plus grande ». La petite fille demande alors à sa grand-mère qui lui dit : « la curiosité est un vilain défaut ! ». Elle demande alors au facteur (qui voyage beaucoup), et celui-ci lui dit qu'il ne sait pas. La nuit, la petite fille ne peut plus dormir tellement elle se demande ce qu'il y a derrière la montagne.

Elle se tourne et se retourne et imagine qu'il doit y avoir un monstre terrifiant, ou au contraire un château magnifique. Plus les jours passent, et plus le beau pays entouré de montagnes dans lequel elle habite lui déplaît. Si on ne peut pas voir ce qu'il y a de l'autre côté.

Une nuit, elle n'en peut plus de se poser des questions, et elle se met en route. Au matin, elle est au pied de la montagne. A midi, elle a parcouru la moitié du chemin, et le soir elle atteint le sommet. Il fait très froid, et ce qu'elle aperçoit de l'autre côté de la montagne est effectivement horrible : c'est un immense et terrible dragon qui la regarde en soufflant bruyamment. Aussitôt, son sang se glace et devient comme la neige qui recouvre le sommet de la montagne : elle se dit que plus jamais il ne fondra. Elle voudrait s'en aller mais elle n'y arrive pas.

La petite fille voit alors, à mi-chemin entre le dragon et elle un berger en train de garder ses moutons. Cela la rassure un peu et elle décide de s'approcher encore pour en savoir un peu plus sur ce dragon. Quand même, elle n'a pas fait tout ce chemin pour rien et elle a envie de pouvoir répondre à ses propres enfants quand ils lui demanderont ce qu'il y a derrière la montagne.

En la voyant s'approcher, le berger lui fait signe et vient à sa rencontre. Quand il lui tend la main, elle sent que celle-ci est toute chaude et douce. Il a l'air si gentil qu'elle lui raconte toute son histoire.

Le berger la prend alors par la main et la rassure : « vas-y » lui dit-il, « vas-y ! Je viens avec toi. » Et voilà alors qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire : plus elle s'approche et plus le dragon rapetisse. A la fin il est si petit qu'elle peut le prendre dans sa main et lui demander tout simplement son nom. Et le dragon lui répond : « la peur ».

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Texte du 11 décembre 2021

Cet homme cheminait, le front bas, sur la plage, le long de l’océan. De temps en temps il se penchait, il ramassait au bord des vagues, sur le sable, on ne savait quoi et le jetait au loin dans l’eau. Un promeneur qui l’observait vint à lui, il le salua, puis :

– Que faites-vous ? lui dit-il.

– Vous le voyez, répondit l’autre, je rends à l’océan des étoiles de mer. La marée les a amenées, elles sont restées là, sur le sable, et je dois les remettre à l’eau, sinon c’est sûr, elles vont mourir.

Le promeneur, surpris, lui dit :

– Des étoiles de mer, rien que sur cette plage, il y en a des milliers. Et le long des côtes du monde, combien de millions de ces bêtes, que vous ne pouvez pas sauver, s’échouent tous les jours sur le sable ? Mourir ainsi est leur destin, et vous n’y pouvez rien changer.

L’homme ramassa une étoile, la tint un instant dans la main.

– Oui, sans doute, murmura-t-il.

Et la rejetant sur les vagues :

– Mais pour elle, ça change tout.

Henri Gougaud, L’Almanach

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Texte du 12 décembre 2021

Conte africain

Cette histoire se passe loin d'ici dans un village. Un village couronné d'un arbre immense. En effet, au milieu du village s'élève cet arbre-là, et on ne voit que lui. Il tire sa force de ses racines qui plongent profondément sous le sol poussiéreux. Son tronc est fort et ferme comme des milliers de bras qui s'entrelacent. Et puis son feuillage est large et ouvert. A lui tout seul, cet arbre est un monde. Sous l'arbre, il fait frais.

Et puis les feuilles de l'arbre résonnent nuit et jour du chant des oiseaux et quand la saison change le vent siffle autrement dans les feuilles et ça fait un chuintement et les feuilles se frottent les unes contre les autres et ça fait un raclement. Cet arbre a des feuilles lisses d'un côté et pelucheuses de l'autre.

Constellé de fruits comme la nuit est constellée d'étoiles, des fruits oranges, charnus ; mais ces fruits s'écrasent par terre et personne ne les mange. On raconte en effet que cet arbre est formé essentiellement de deux branches qui s'entrelacent ; et que l'une porte un fruit délicieux, bon, agréable à manger et fortifiant pour le corps entier, mais que l'autre branche, elle, porte des fruits mortels et que quiconque porte à ses lèvres un fruit de l'autre branche meurt dans l'instant, foudroyé.

C'est ce qu'on raconte dans le village, en tout cas. Et comme personne ne sait comment différencier la bonne branche de la mauvaise, tout le monde a peur et personne ne prend le risque de goûter un fruit. Et le temps passe dans le village sous l'arbre. Et les fruits s'écrasent, et les mouches, les guêpes, les fourmis...tètent seules le jus épais qui coule des fruits écrasés par terre.

Et puis, le temps passant, la famine s'installe : cette année-là, la pluie n'est pas tombée comme elle aurait dû, elle n'a pas arrosé et fertilisé la terre qui reste sèche comme un désert. Et bientôt le soleil écrase tout, et c'est la famine. Un homme du village a des enfants : 8 garçons et 1 fille. Et quand il voit sa petite fille couchée, incapable de se lever, quand il voit qu'elle va mourir dans la nuit qui vient, il réunit tous les hommes du village. Il leur dit : « Regardez-moi, ma fille va mourir. Alors moi, je vais monter dans l'arbre, je vais choisir un fruit et je vais le manger. Si je meurs, portez un fruit de l'autre branche à ma fille pour qu'elle vive. Et si je vis, eh bien, je serais heureux de voir ma fille revivre. »

Alors tous les anciens du village disent : « c'est bien ». Ils entourent l'homme et le regardent à la lueur des torches monter dans l'arbre, choisir un fruit, et le porter à sa bouche. Il le mange, il en est réjoui, et rien ne se passe. L'homme ne meurt pas. Alors aussitôt il court apporter à sa fille le reste du fruit qu'il a cueilli et la petite le mange, et elle s'assied, et elle va mieux.

Aussitôt, c'est une ruée sur l'arbre, parce que tout le monde sait enfin quelle est la bonne branche ! Tous les gens du village viennent se servir de fruits délicieux, tout le monde mange à sa faim et le village va beaucoup mieux. Et le miracle, c'est que le lendemain, la branche ainsi pillée la nuit d'avant porte de nouveau autant de fruits que le jour précédents. Et c'est ainsi que le village revit et que l'arbre prospère abritant sous son ombre le monde entier. Ce jour-là, ils ont su dans le village, que la peur de la mort peut tuer encore plus sûrement que la mort elle-même.

Et puis, une autre nuit, des hommes du village se réunissent encore et ils disent : « Notre savoir pourrait se perdre, quelqu'un pourrait oublier, à l'avenir, quelle est la bonne branche et quelle est la mauvaise. » Alors ils disent : « Allons, allons et coupons la branche qui porte les mauvais fruits, comme ça nous ne courrons plus aucun danger. » Et pendant la nuit, on entend le bruit de la scie, et c'est bientôt l'immense « Wlouf » de la branche qui tombe à terre. Et les hommes vont se coucher, satisfaits.

Au matin, quand les villageois se sont réveillés, ils ont vu au milieu du village l'énorme branche couchée par terre. Et puis ils ont vu l'arbre debout...Ou plutôt ce qu'il en restait. Il était mort, comme la branche qu'on lui avait coupée, et les feuilles pendaient et les fruits étaient flétris.

Alors ils ont su, tous, que la vie ne va pas sans la mort, et que c'est ainsi.

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Texte du 13 décembre 2021

Conte arménien

Il était un roi d’Arménie. Dans son jardin de fleurs et d'arbres rares, poussait un rosier chétif et pourtant précieux entre tous. Le nom de ce rosier était Anahakan. Jamais, de mémoire de roi, il n'avait pu fleurir. Mais s'il était choyé plus qu'une femme aimée, c'était qu'on espérait une rose de lui, l'Unique dont parlaient les vieux livres. Il était dit ceci : « Sur le rosier Anahakan, un jour viendra la rose généreuse, celle qui donnera au maître du jardin l'éternelle jeunesse. »

Tous les matins, le roi venait donc se courber dévotement devant lui. Il chaussait ses lorgnons, examinait ses branches, cherchait un espoir de bourgeon parmi ses feuilles, n'en trouvait pas le moindre, se redressait enfin, la mine terrible, prenait au col son jardinier et lui disait : « Sais-tu ce qui t'attend, mauvais bougre, si ce rosier s'obstine à demeurer stérile ? La prison ! L'oubliette profonde ». C'est ainsi que le roi, tous les printemps, changeait de jardinier. On menait au cachot celui qui n'avait pu faire fleurir la rose. Un autre venait, qui ne savait mieux faire, et finissait sa vie comme son malheureux confrère, entre quatre murs noirs.

Douze printemps passèrent, et douze jardiniers. Le treizième était un fier jeune homme. Il s'appelait Samvel. Il dit au roi : « Seigneur, je veux tenter ma chance. » Le roi répondit : « Ceux qui t'ont précédé étaient de grands experts, des savants d'âge mûr. Ils ont tous échoué. Et toi, blanc-bec, tu oses ! » - Je sens que quelque chose, en moi, me fera réussir, dit Samvel. - Quoi donc, jeune fou ? - La peur, Seigneur, la peur de mourir en prison !

Samvel, par les allées du jardin magnifique, s'en fut à son rosier. Il lui parla longtemps à voix basse. Puis il bêcha la terre autour de son pied maigre, l'arrosa, demeura près de lui, nuit et jour, à le garder du vent, à caresser ses feuilles. Il enfouit ses racines dans du terreau moelleux. Aux premières gelées, il l'habilla de paille. Il se mit à l'aimer. Sous la neige, il resta comme au chevet d'un enfant, à chanter des berceuses. Le printemps vint. Samvel ne quitta plus des yeux son rosier droit et frêle, guettant ses moindres pousses, priant et respirant pour lui. Dans le jardin, des fleurs partout s'épanouirent, mais il ne les vit pas. Il ne regardait que la branche sans rose. Au premier jour de mai, comme l'aube naissait : « Rosier, mon fils où as-tu mal ? » A peine avait-il dit ces mots qu'il vit sortir de ses racines un ver noir, long, terreux. Il voulut le saisir. Un oiseau se posa sur sa main, et, les ailes battantes, lui vola sa capture. A l'instant, un serpent surgit d'un buisson proche. Il avala le ver, il avala l'oiseau. Alors un aigle descendit du haut du ciel. Il tua le serpent, le prit dans ses serres, s'envola. Comme il s'éloignait vers l'horizon où le jour se levait, un bourgeon apparut sur le rosier. Samvel le contempla, il se pencha sur lui, il l'effleura d'un souffle, et lentement la rose généreuse s'ouvrit au soleil du matin. « Merci, dit-il, merci. »

Il s'en fut au palais en criant la nouvelle. Le roi était au lit. Il bâilla. Il grogna. - Moi qui dormais si bien ! - Seigneur, lui dit Samvel, la rose Anahakan s'est ouverte. Vous voilà immortel, ô maître du jardin ! Le roi bondit hors de ses couvertures, ouvrit les bras, rugit : « Merveille ! » En chemise, pieds nus, il sortit en courant. « Qu'on poste cent gardes armés de pied en cap autour de ce rosier !, dit-il, gesticulant. Je ne veux voir personne à dix lieues à la ronde ! Samvel, jusqu'à ta mort, tu veilleras sur lui ! » Samvel lui répondit : « Jusqu'à ma mort, Seigneur ».

Le roi, dans son palais, régna dix ans encore, puis, un soir, il quitta ce monde en disant ces paroles : - Le maître du jardin meurt comme tout le monde. Tout n'était que mensonge. - Non, dit le jardinier, à genoux près de lui. Le maître du jardin, ce ne fut jamais vous. La jeunesse éternelle est à celui qui veille, et j'ai veillé, Seigneur, et je veille toujours, de l'aube au crépuscule, du crépuscule au jour. Il lui ferma les yeux, baisa son front pâle, puis sortit sous les étoiles. Il salua chacune. Il dit : « Bonsoir, bonsoir, bonsoir ». Samvel avait le temps désormais, tout le temps.

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Texte du 14 décembre 2021

C’est l’histoire de deux amis qui partent ensemble dans le désert pour un long voyage.

Pendant ce périple ils ont une très grande dispute comme jamais deux amis peuvent en avoir et l’histoire ne nous dit pas pourquoi ils se sont disputés, mais l’un des deux amis frappe l’autre au visage. Celui qui a été frappé au visage, sans rien dire s’assied sur le sol et écrit dans le sable : Aujourd’hui mon meilleur ami m’a frappé au visage.

Ils poursuivent cependant leur voyage et quelques jours plus tard arrivent à un point d’eau dans le sable. Celui qui a été frappé au visage est tellement assoiffé qu’il se précipite en courant vers le point d’eau, mais avant d’y arriver il tombe dans les sables mouvants. Son ami se précipite alors vers lui en courant et le tire des sables mouvants ou il allait être englouti et mourir et étouffé. Celui qui a été frappé au visage, sans rien dire s’assied sur le sol ramasse une grosse pierre et sans rien dire écrit sur la pierre : Aujourd’hui mon meilleur ami m’a sauvé la vie.

Son ami lui demande alors : Lorsque je t’ai frappé tu as écrit sur le sable et maintenant tu écris sur la pierre… peux-tu m’expliquer pourquoi ?

Lorsque quelqu’un te blesse, écris-le sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire. Mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bien, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais.

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Texte du 15 décembre 2021

Dans une chambre d'hôpital, deux hommes très malades partagent la même chambre. L'un des deux est autorisé à se redresser sur son lit chaque après-midi pendant une heure. Mais l'autre est obligé de rester constamment allongé.

Le lit du premier homme est situé à côté de la fenêtre. Ainsi, il pouvait s'asseoir pour regarder au-dehors et décrire à son ami voisin tout ce qui se passait à l'extérieur.

La chambre donnait sur un grand parc avec un lac magnifique. Les canards et les cygnes jouaient sur l'eau, et des enfants faisaient naviguer leurs bateaux miniatures. Des jeunes amoureux bras dessus, bras dessous, se promenaient autour du lac. Et pendant une heure, l'homme assis près de la fenêtre racontait à son voisin toute la magnificence de l'extérieur avec force détails.

Ce moment embellissait la journée de cet homme. Ils en venaient ensuite à parler de leurs souvenirs, de leurs enfants et de leur famille...Pendant cette heure journalière, ils en oubliaient leur maladie grave. Et au fil des semaines, ce rendez-vous quotidien était une forme de récompense qui transformait et donnait sens à leur journée.

Mais un matin, l'infirmière entra dans la chambre et découvrit que l'homme près de la fenêtre s'était éteint durant son sommeil. Très attristée par la mort de ce malade, elle fit enlever le corps sous les yeux du voisin consterné par cette disparition soudaine.

Puis, quelques jours plus tard après les obsèques de cet homme, il demanda à être placé dans le lit près de la fenêtre. L'infirmière fut tout heureuse de lui faire plaisir et l'installa confortablement près de la fenêtre.

Lentement, il se hissa sur un coude pour jeter un premier coup d'œil à l'extérieur. Il aurait enfin la joie de voir par lui-même tout ce que son compagnon savait si bien décrire. Mais tout ce qu'il vit fut un mur gris !

Pourquoi son compagnon disparu lui avait-il décrit tant de merveilles alors qu'il n'y avait rien ? demanda-t-il perplexe à l'infirmière.

- Sans doute pour vous donner du courage, répondit-elle en souriant, car, vous ne le saviez peut-être pas, mais il était aveugle.

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Texte du 16 décembre 2021

Debout, il faut partir ...

 

Le ventre de Marie

Aura bien su porter

Celui que l’univers

Ne pourrait contenir

 

Et le coeur de Joseph

Aura bien su garder

Celui qu’un roi trop fier

Cherchait à faire périr

 

Tournez et dansez

Les jours et les années

Dansez tournez

Noël, l’amour est né ...

 

Et même si la nuit nous paraissait bien noire

Même si dans le froid nous avions peine à croire

Même s’il ne restait qu’une frêle lumière

Dans nos vieux coeurs de bois

Dans nos vieux coeurs de pierre.

 

Debout, il faut partir

Debout, vers l’avenir

Ami, faut te lever

Noël, l’Amour est né...

 

Un seul nid a suffi

Pour que puisse germer

Ce que meurtres et guerres

N’auront pu faire flétrir

 

Et les ailes d’un seul rêve

Auront pu faire passer

Ce que mille frontières

Ne sauraient retenir

 

Tournez et dansez

Les jours et les années

Dansez tournez

Noël, l’amour est né

 

Même si nous restions sans force ni confiance

Devant tant de misère et notre indifférence

Et même si la mort l’injustice notre offense

Lançaient comme un défi, plus forte est l’espérance...

 

Debout il faut partir

Debout, vers l’avenir

Ami, faut te lever

Noël, l’Amour est né...

 

Et chacune de nos vies

En sera traversée

Comme du ciel sur la terre

À n’en jamais finir

 

Et nos mots et nos gestes

En seront épousés

Comme d’une neuve lumière

Aujourd’hui l’avenir ...

 

Tournez et dansez

Les jours et les années

Dansez tournez

Noël, l’amour est né ...

 

Ami l’entends-tu la voix toujours nouvelle

Qui ôte le fardeau et qui brise la chaîne

Elle nous dit “lève-toi comme le jour se lève

Comme le matin vient , Jésus en est la sève...”

 

Debout, il faut partir

Debout, vers l’avenir

Ami, faut te lever

Noël, l’Amour est né...

 

Paix sur la terre

Joie dans le ciel

Nous sommes frères

D’Emmanuel...

 

Chant d'Antoine Caballe (83-87)

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Texte du 17 décembre 2021

La plume et l'encrier

Que de choses dans un encrier ! disait quelqu'un qui se trouvait chez un poète ; que de belles choses ! Quelle sera la première œuvre qui en sortira ? Un admirable ouvrage sans doute. C'est tout simplement admirable, répondit aussitôt la voix de l'encrier ; tout ce qu'il y a de plus admirable ! répéta-t-il, en prenant à témoin la plume et les autres objets placés sur le bureau. Que de choses en moi... on a quelque peine à le concevoir... Il est vrai que je l'ignore moi-même et que je serais fort embarrassé de dire ce qui en sort quand une plume vient de s'y plonger. Une seule de mes gouttes suffit pour une demi-page : que ne contient pas celle-ci ! C'est de moi que naissent toutes les œuvres du maître de céans. C'est dans moi qu'il puise ces considérations subtiles, ces héros aimables, ces paysages séduisants qui emplissent tant de livres. Je n'y comprends rien, et la nature me laisse absolument indifférent ; mais qu'importe : tout cela n'en a pas moins sa source en moi, et cela me suffit.

 

- Vous avez parfaitement raison de vous en contenter, répliqua la plume ; cela prouve que vous ne réfléchissez pas, car si vous aviez le don de la réflexion, vous comprendriez que votre rôle est tout différent de ce que vous le croyez. Vous fournissez la matière qui me sert à rendre visible ce qui vit en moi ; vous ne contenez que de l'encre, l'ami, pas autre chose. C'est moi, la plume, qui écris ; il n'est pas un homme qui le conteste et, cependant, beaucoup parmi les hommes s'entendent à la poésie autant qu'un vieil encrier.

- Vous avez le verbe bien haut pour une personne d'aussi peu d'expérience ; car, vous ne datez guère que d'une semaine, ma mie, et vous voici déjà dans un lamentable état. Vous imagineriez-vous par hasard que mes œuvres sont les vôtres ? Oh ! la belle histoire ! Plumes d'oie ou plumes d'acier, vous êtes toutes les mêmes et ne valez pas mieux les unes que les autres. A vous le soin machinal de reporter sur le papier ce que je renferme quand l'homme vient me consulter. Que m'empruntera-t-il la prochaine fois ? Je serais curieux de le savoir.

- Pataud ! conclut la plume.

 

Cependant, le poète était dans une vive surexcitation d'esprit lorsqu'il rentra, le soir. Il avait assisté à un concert et subi le charme irrésistible d'un incomparable violoniste. Sous le jeu inspiré de l'artiste, l'instrument s'était animé et avait exhalé son âme en débordantes harmonies. Le poète avait cru entendre chanter son propre cœur, chanter avec une voix divine comme en ont parfois des femmes. On eût dit que tout vibrait dans ce violon, les cordes, la chanterelle, la caisse, pour arriver à une plus grande intensité d'expression. Bien que le jeu du virtuose fût d'une science extrême, l'exécution semblait n'être qu'un enfantillage : à peine voyait-on parfois l'archet effleurer les cordes ; c'était à donner à chacun l'envie d'en faire autant avec un violon qui paraissait chanter de lui-même, un archet qui semblait aller tout seul. L'artiste était oublié, lui, qui pourtant les faisait ce qu'ils étaient, en faisant passer en eux une parcelle de son génie. Mais le poète se souvenait et s'asseyant à sa table, il prit sa plume pour écrire ce que lui dictaient ses impressions. « Combien ce serait folie à l'archet et au violon de s'enorgueillir de leurs mérites ! Et cependant nous l'avons cette folie, nous autres poètes, artistes, inventeurs ou savants. Nous chantons nos louanges, nous sommes fiers de nos œuvres, et nous oublions que nous sommes des instruments dont joue le Créateur. Honneur à lui seul ! Nous n'avons rien dont nous puissions nous enorgueillir. »

Sur ce thème, le poète développa une parabole, qu'il intitula l'Ouvrier et les instruments.

 

- A bon entendeur, salut ! mon cher, dit la plume à l'encrier, après le départ du maître. Vous avez bien compris ce que j'ai écrit et ce qu'il vient de relire tout haut ?

- Naturellement, puisque c'est chez moi que vous êtes venue le chercher, la belle. Je vous conseille de faire votre profit de la leçon, car vous ne péchez pas, d'ordinaire, par excès de modestie. Mais vous n'avez pas même senti qu'on s'amusait à vos dépens !

- Vieille cruche ! répliqua la plume.

- Vieux balai ! riposta l'encrier.

 

Et chacun d'eux resta convaincu d'avoir réduit son adversaire au silence par des raisons écrasantes. Avec une conviction semblable, on a la conscience tranquille et l'on dort bien ; aussi s'endormirent-ils tous deux du sommeil du juste.

Cependant, le poète ne dormait pas, lui ; les idées se pressaient dans sa tête comme les notes sous l'archet du violoniste, tantôt fraîches et cristallines comme les perles égrenées par les cascades, tantôt impétueuses comme les rafales de la tempête dans la forêt. Il vibrait tout entier sous la main du Maître Suprême. Honneur à lui seul !

Hans Christian Andersen (1805-1875)

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Texte du 18 décembre 2021

Les quatre bacheliers

Nous étions quatre bacheliers

Sans vergogne,

La vraie crème des écoliers,

Des écoliers.

 

Pour offrir aux filles des fleurs,

Sans vergogne,

Nous nous fîmes un peu voleurs,

Un peu voleurs.

 

Les sycophantes du pays,

Sans vergogne,

Aux gendarmes nous ont trahis,

Nous ont trahis.

 

Et l'on vit quatre bacheliers

Sans vergogne,

Qu'on emmène, les mains liées,

Les mains liées.

 

On fit venir à la prison,

Sans vergogne,

Les parents des mauvais garçons,

Mauvais garçons.

 

Les trois premiers pères, les trois,

Sans vergogne,

En perdirent tout leur sang-froid,

Tout leur sang-froid.

 

Comme un seul ils ont déclaré,

Sans vergogne,

Qu'on les avait déshonorée,

Déshonorés.

 

Comme un seul ont dit « C'est fini,

Sans vergogne,

Fils indigne, je te renie,

Je te renie. »

 

Le quatrième des parents,

Sans vergogne,

C'était le plus gros, le plus grand,

Le plus grand.

 

Quand il vint chercher son voleur

Sans vergogne,

On s'attendait à un malheur,

A un malheur.

 

Mais il n'a pas déclaré, non,

Sans vergogne,

Que l'on avait sali son nom,

Sali son nom.

 

Dans le silence on l'entendit,

Sans vergogne,

Qui lui disait : « Bonjour, petit,

Bonjour petit. »

 

On le vit, on le croirait pas,

Sans vergogne,

Lui tendre sa blague à tabac,

Blague à tabac.

 

Je ne sais pas s'il eut raison,

Sans vergogne,

D'agir d'une telle façon,

Telle façon.

 

Mais je sais qu'un enfant perdu,

Sans vergogne,

A de la corde de pendu,

De pendu,

 

A de la chance quand il a,

Sans vergogne,

Un père de ce tonneau-là,

Ce tonneau-là.

 

Et si les chrétiens du pays,

Sans vergogne,

Jugent que cet homme a failli,

Homme a failli.

 

Ça laisse à penser que, pour eux,

Sans vergogne,

L'Évangile, c'est de l'hébreu,

C'est de l'hébreu.

G. Brassens

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Texte du 19 décembre 2021

On a une lanterne à bougie, c'est une vieille petite lanterne. On l'appelle « la lanterne de la peur ». Pourquoi la lanterne de la peur ? Parce qu'on entend encore grand'maman raconter que, quand elle était petite fille, on l'envoyait à la cave avec cette lanterne. Et la lanterne faisait une toute petite lumière, mais elle projetait partout des ombres immenses et terrifiantes.

Aujourd'hui, avec l'électricité, il n'y a plus d'ombres à la cave. Mais les ombres sont ailleurs et on a toujours encore peur, malgré les kilowatts, autant que la petite fille à la lanterne.

On dit : « Je ne vois pas clair dans ma vie. » La peur du lendemain nous donne des pensées sombres. La meilleure lampe ne disperse pas nos idées noires. Et d'allumer partout ne nous empêche pas d'être éteints.

Les ombres de la maladie et de la mort nous font une autre cave, qui engloutit tous nos puissants éclairages.

Mais nous sommes dans le mois de décembre. C'est le mois qui, dans son meilleur jour, voudrait apporter la lumière à ceux qui n'ont que l'électricité.

Ph. Zweissig

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Texte du 20 décembre 2021

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